Noël revient tous les ans, de Marie Nimier, nous fait passer le goût de la dinde

La pièce, aux accents sarcastiques et irrévérencieux à l’endroit de la sacro-sainte fête de famille, se joue du 20 au 23 à la Rose des Vents à Villeneuve d’Ascq puis du 26 au 30 au Grand T à Nantes.

Noël revient tous les ans, c’est une évidence, pas toujours heureuse. C’est aussi une pièce de l’écrivain Marie Nimier qui s’est jouée au Théâtre du Rond-Point jusqu’au 10 janvier. Plus que Noël, c’est, dans ce texte, sa rengaine qui fait retour au fil de dix repas, pas moins, où l’on retrouve une mère et son fils chaque année flanqué d’une nouvelle petite amie sans trop de relief. Sur chacune tombe le ricanant mépris maternel qui n’oublie pas de se dire à voix haute. Décomplexé. Mépris qui néglige soigneusement de se souvenir du prénom de la petite amie du Noël présent, mais qui sait fort bien celui que portait la pièce rapportée de l’année précédente… Autre scène, autre Noël. Litanie, donc. Litanie de petites amies niaises, de paroles maternelles vipérines, de monologues où défilent des souvenirs d’enfance féériques et enneigés, de paroles sinistres sur le dessert qui plombera le repas de fête ou le papier toilette au bout du rouleau…

Pour dire Noël qui n’est pas que réjouissances, Marie Nimier n’a pas son pareil. Alors que l’auteure répète la même scène, son écriture a des accents, irrévérencieux, d’authenticité et ses dialogues font mouche. À la phrase blasée répond le propos acerbe et, par poussées subversives, c’est comme si chaque protagoniste se dotait d’une voix off pour commenter un tableau « familial » qui soudain prendrait le risque de devenir trop convenu… Tableau où manque le père, on ne sait s’il est encore de ce monde, et aussi la fille, qu’on ne voit plus. On ne saura exactement pourquoi, tensions, rupture majeure, elle est depuis longtemps hors du cadre familial. D’elle, l’absente, la mère parle longuement, entre médisances fulgurantes et francs regrets. Mais jamais les Noël de Marie Nimier ne fondent en larmes, rien ne pèse, hormis les estomacs, l’humour vachard et l’hystérie ébouriffent le pathos qui souvent transpire quand les fêtes forcent les retrouvailles familiales. Voilà en tout cas un texte qui donne envie de faire retour sur le travail romanesque de Marie Nimier.

Noël revient tous les ans, de Marie Nimier, est publié aux Éditions Actes Sud-Papiers.

EXTRAIT - La mère : “On n’avait pas dit que tu venais avec quelqu’un.”

Le fils : “On n’avait pas dit que je venais seul, on n’avait pas dit que je venais sans, on n’avait pas dit. Ce serait notre genre, soudain, de dire? Ce serait la nouvelle mode?”


, par Aude Brédy.